Le passé de ma mère - Karen Daugherty

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Le passé de ma mère

Le passé de ma mère - Karen Daugherty

Ça fait maintenant deux semaines que je n'arrête pas de penser à ma mère, mais je ne sais pas pourquoi. C'est peut-être à cause du fait que je vais être grand-mère. Ma mère m’a souvent raconté comment elle a débuté dans le monde du travail. Elle aimait me dire à quel point, elle avait rêvé d’exercer un métier de secrétaire, quand elle était petite. Vers les années quatre-vingt, les femmes qui avaient abandonné leurs études, avaient du mal à percer dans le monde du travail. Pourtant, elle avait réussi à décrocher un poste d’opératrice de saisie dans un établissement bancaire. Mais avant ça, elle a travaillé pour une société qui vendait des porte et fenetre. En ces temps-là, c’était un métier qui faisait boom. Son patron était un jeune homme imbu de sa personne, qui ne connaissait rien au code du travail. Elle était sous-payée, mais elle faisait bien son travail. Elle est tombée enceinte de moi, quelques mois après sa prise de poste. Elle n’a pas vraiment bien vécu les premiers mois de grossesse alors, elle s’absentait souvent. Là-dessus, son patron décida de la prendre en entretien, il lui dit que si elle s’absentait encore une fois, il allait devoir mettre fin à sa période d’essai. Quand elle a demandé les raisons, il a rétorqué que la maison avait pour règlement de ne licencier toute personne ne pouvant pas assurer correctement son travail. Ma mère ayant fait un peu de droit lui a dit qu’aucun règlement intérieur ne pouvait prévaloir sur la Loi. Le bonhomme n’a certainement pas aimé qu’on lui réponde. Le lendemain, elle a encore été prise en entretien. Cette fois-ci, son patron est allé plus loin. Il est allé jusqu’à dire qu’elle était une bonne employée et qu’il ne voulait pas la perdre. Il a proposé de lui payer un avortement dans une clinique renommée. Ma mère en a pleuré. Elle était face à un dilemme cornélien : vivre sans un sou avec un bébé qu’elle n’aurait pas pu assumer toute seule ou pactiser avec le diable. Elle me disait que pour elle, c’était tout réfléchi et qu’elle voulait me garder moi. Mais étant une mère célibataire moi-même, je savais ce qu’elle avait enduré. Moi, je l’avais, elle, et mon travail. Tandis qu’elle, elle n’avait, ni travail, ni quelqu’un pour l’aider. Je serai toujours reconnaissante envers ma mère d’avoir subi tant de souffrance pour me donner la vie.